Nofx - Baignoires, hépatites & autres histoires

J’ai toujours eu beaucoup de mal à lire des livres sur la musique. J’ai essayé à plusieurs reprises de tenter l’expérience sans y prendre beaucoup de plaisir. J’avais bien tenté de lire quelques livres des éditions «Camion Blanc» et j’avais trouvé ça catastrophique (en tant qu’(ex)fan d'Iron Maiden j’avais jeté mon dévolu sur «L’épopée des Killers» et m’étais aussi essayé à lire «J’étais un robot» racontant l’histoire de Kraftwerk au travers d’un des membres du groupe). Mes lectures musicales se sont alors finalement cantonnées aux fanzines (interviews, critiques de disques). Ces derniers se faisant de plus en plus rares, j'ai fini par ne quasiment plus lire de choses à ce sujet. Je dois avouer que je fais plus partie des gens qui écoutent la musique que de ceux qui lisent dessus (pour le cinéma par contre c’est une autre histoire, mais ce n’est pas l’objet de ce texte)

Je ne me souviens plus exactement comment je suis tombé sur Baignoires, hépatites et autres histoires relatant les péripéties de NOFX de leurs débuts en 1983 (et même avant, car de nombreux passages racontent les enfances atypiques (ou pas) des différents membres du groupe) jusqu’à aujourd’hui. On y retrouve les débuts de Cokie the clown : projet solo de Fat Mike grimé en clown raté, et la réalisation de backstage passport : documentaire vidéo (sous forme d’épisodes) dans lequel on suit le groupe en tournée dans tout un tas de pays où on ne les attend pas : Pérou, Chine, Corée du Sud, Afrique du Sud ... Entre les deux nous avons la joie d'assister à toutes leurs galères, leurs échecs et leurs succès : entre autre la création de Fat Wreck Chords, leurs relations avec MTV (NOFX n'a quasiment fait aucun clip, et refusé de signer sur une major), leur rencontre avec Brett d'Epitaph qui voulait les faire sonner comme Bad Religion. Je n'en dis pas plus ça serait vous gâcher le plaisir.

Backstage Passport Soundtrack by NOFX

Ce que je sais par contre c’est que l’ai acheté à un copain (Manu pour ne pas le citer) pour 15 balles, de la main à la main. Comme on le disait très justement, je pense que la traduction et la vente auraient bénéficié d’un franc succès si la distribution avait dépassée les milieux D.I.Y. Je suis par exemple certain qu’un bon nombre de fans ou d’amateurs de NOFX ne connaissent pas l’existence de ce livre et que des milliers d’exemplaires auraient pu être distribués dans les FNAC ou dans les Giberts. Je ne connais pas les motivations de Pascal (qui semble s’être chargé de la distribution et de la traduction du livre) mais à mon sens cette traduction et ce livre gagnent à être plus connus et plus accessibles.

A mon avis toute personne ayant de près ou de loin des affinités avec la musique punk ou avec NOFX devrait lire ce livre. Je pense que cette histoire témoigne d’un mouvement, de quelque chose qui n’existe déjà plus et qui a eu une existence trop courte. A l’heure ou le punk se semi-professionnalise de plus en plus, ou la moindre sortie bénéficie d’un tirage à 300 exemplaires au format vinyle, l’histoire de NOFX vient nous rappeler que le punk à ses débuts n’avait rien à voir avec ce qu’il est maintenant (on rappellera que NOFX a auto produit une grande partie de ses disques, les autres albums étants sur Epitaph, en somme chez les copains). A la lecture de ces lignes, je ne pense pas que j’aurais personnellement pu faire long feu dans les concerts de cette époque, ou la multiplications des histoires sordides (viols, drogue, bastons) et des plans complètement foireux (suicide, addiction, vomi, et j’en passe) nous donne souvent l’impression que cette scène était carrément dangereuse, voire malsaine à certains moments (et plus difficilement accessible que l’on pourrait le croire). On ne sait plus si l’on doit en rire ou en pleurer.

The Longest Line by NOFX

On se rend compte à la lecture du bouquin (j’ai par la même occasion beaucoup réécouter leurs disques au fur et à mesure de ma lecture) que les membres de NOFX n’ont rien à prouver, et cela dès le début de leur histoire. Ce ne sont pas des gens qui se la pètent, ils sont juste eux dans leur état d’esprit à la con (et ça fait du bien). On a un peu l’impression que tout cela leur arrive par hasard au détour de beuveries et de rencontres imprévues. Même si la drogue reste le sujet central du livre à mon opinion, on prend conscience que les membres du groupe restent eux-mêmes, fidèles à leur amitiés et intègres par rapport à leurs idées. On voit en particulier une inversion proportionnelle de la défonce entre Smelly (Erik Sandin, batteur du groupe trop souvent oublié) et Fat Mike. Smelly devenu héroïnomane ne touchera plus à une drogue après une cure de désintoxication. Je peux vous assurer que ce livre peut vous dégoutter à tout jamais des drogues, mon opinion ayant carrément changée à ce sujet après avoir fini l’ouvrage.

Malgré tout ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains car il expose une vérité crue qui a de plus en plus de mal à trouver sa place dans la société actuelle (j’en vois déjà boycotter le groupe). On y parle de viol, d’abus sexuels, d’euthanasie, de mort (sans rire on apprend la mort d’un proche du groupe toutes les vingts pages) sous une forme jamais vue et je peux vous dire que j’ai bien été secoué, bouleversé par certains passages. J’en avais même parfois une boule au ventre, et il y a certains trucs que je ne pourrais pas oublier avant un bout temps. Vous êtes prévenus.

Je ne sais pas si je me trompe, mais il me semble que le livre a été traduit par Pascal (de Et mon cul c’est du tofu) et David Mourey. Ces deux là ne semblent pas être des traducteurs «professionnels» (je veux dire des personnes dont c’est le métier). J’avais émis des doutes quant à la concordance des temps utilisés dans certaines parties (je me souviens en avoir discuté avec mon pote Manu). Néanmoins (après avoir fini le livre), je trouve que cette traduction très brute donne une fraîcheur très particulière qui convient particulièrement bien au livre et au sujet. En ce moment je n’arrive pas à lire de roman, et cette traduction tombe à pic. J’ai eu l’impression qu’un pote me racontait son histoire pendant tout le livre, l’impression d’avoir une conversation de 350 pages. La forme est parfaite et vous tient en haleine tout au long du livre. Les histoires sont abordées sous différents angles selon le point de vue des membres du groupe. Ce qui peut créer des situations assez cocasses, mais tellement marrantes (ça faisait longtemps que ne je ne m’étais pas autant marré).

Ayant beaucoup de mal à lire en anglais, je remercie vraiment Pascal et David pour leur traduction, sans eux je n’aurais pas pu capter toutes les nuances et subtilités de ce livre (oui oui, il y en a). On notera que les traducteurs ont particulièrement pris soin de nous expliquer toutes les subtilités des expressions ou des langages d’argotiques en nous gratifiant d’une multitudes d’annotations (jamais inutiles) en bas de pages. Comme on peut le dire ce livre est un «page turner» chaque page nous donne envie de lire la suivante. Les 200 premières pages étant les meilleures à mon goût. On rentre après dans l’histoire plus moderne de NOFX, ou des punks sans avenir, sont devenus propriétaires de boîte de nuit ou ambassadeurs politiques (PunkVoters)(sur ce coup là -désolé NOFX- mais je me range du côté de Propagandhi).

Wolves In Wolves' Clothing by NOFX

Le groupe ayant tourné et fréquenté tout un tas de artistes dont je suis fan vous allez voir que ces pages regorgent d’anecdotes plus débiles les unes que les autres. On apprendra des choses sur Weezer, Bad Religion, Blink 182 et encore d’autres. Dans l’esprit sordide j’ai finalement appris l’origine de la mort de Tony Sly (chanteur de No Use For A Name) sans vraiment le vouloir … (RIP Tony). Dans l’esprit «American Pie» on apprend que les NOFX ont pissé dans leur van qui allait être celui utilisé par Fugazi avant de le rendre lors de leur tournée européenne ... tout ça pour finalement s’apercevoir que les Fugazi étaient des personnes très cools (Oops).

Ce livre s’ouvre et se ferme sur des histoires de pisse. Mike qui boit des cocktails à la pisse de Soma, Cokie qui fait boire son urine à des personnes du publique. Et ceci, finalement, le résume bien en quelques mots.

Je ne saurais que trop vous conseiller de visionner dans la foulée backstage passport dont je parle plus haut, qui vous permettra de mettre des images sur les mots (en tout cas la fin du livre).

Je vous laisse sur une phrase de Mike qui m’a marquée (car je pense exactement la même chose), avant que vous fonciez vous procurer ce petit chef d’œuvre (toujours disponible chez Mon cul dont voici le lien http://moncul.org/distro_mon_cul/zines/):

«J’étais énervé. Vraiment énervé. Cela arrive si souvent dans la vie : vous dites aux gens ce qu’ils doivent faire, encore et encore, et il ne le font pas. Et ils en paient les conséquences. Vous ne pouvez pas forcer quelqu’un à faire quelque chose, peu importe combien ça l’aiderait. C’est la chose la plus frustrante au monde. Et vous n’avez généralement qu’à soupirer et laisser aller. Mais c’en était une difficile à ignorer.»